« Ecosystème » de Rachel Vanier, microcosme de millenials

Suivons Marianne et Lucas, deux digital natives lancés dans la grande aventure de l’entrepreneuriat.

L’une est brillante, féroce, parfois vulgaire et ambitieuse, doté d’une énergie hors-norme. Au bord du burn-out, Marianne partage sa vie entre sa boîte… et sa boîte. Entre les deux, on trouve son mentor, Alessandro, Lucas, son associé, et Tristan, son lover. Mais Marianne veut lever des fonds, et pour ça elle embauche des stagiaires qu’elle fait bosser dans un espace de coworking, pitche sa start-up lors d’événements networking, donne des chiffres pas tout à fait vrais et tente de se faire une place en jouant des coudes.

L’autre, c’est Lucas : timide, geek, développeur, il n’est pas vraiment doué avec les relations sociales mais croit en Marianne et en sa force de caractère. Génie de la programmation, il code et vogue tant bien que mal dans cet univers rempli de trentenaires aux dents blanches sortants des écoles de commerce.

L’histoire nous fait vivre le quotidien de ces deux associés, en quête de réussite et de gloire à la Uber. Pour ce faire, ils partent vers la ville de tous les possibles : San Francisco. Berceau des bébés licornes et véritable terreau technologique, ils poussent leur rêve à un autre stade. Y arriveront-ils ?

Le livre de Rachel Vanier est intéressant à lire lorsqu’on connaît un peu, de près ou de loin, l’univers des start-ups. On retrouve des codes, des termes business, le plus souvent américains, rentrés dans la langue française (traction, scaler, churn, cash flow…) « L’écosystème » est à la fois grand et petit, grand par la démesure des chiffres et des ambitions ; petit car tous les entrepreneur(e)s souhaitent la même chose. Le graal, c’est de se faire racheter, de se faire envoyer un term sheet ou de faire la une de Techcrunch. Les médias technologiques sont respectés comme des entités religieuses (voir le paragraphe p.77 parlant de Hacker News, faisant penser aux dix commandements), les investisseurs potentiels sont des divas à chouchouter, et la Silicon Valley est vue comme le sommet de la montagne, le but ultime pour atteindre le succès.

Au-delà de l’aspect purement business, on voit le côté brouillon et spontané des relations humaines entre personnes du même milieu. Un passage du livre retranscrit d’ailleurs parfaitement cette sorte de névrose, cette bipolarité entre envie de stabilité, d’une vie de famille rangée, et de la gestion d’une entreprise et ses gloires, ses échecs. Marianne est une femme et doit se battre plus ; elle ne doit pas jouer la facilité, entre un surplus de féminité et le côté garçon manqué, elle choisit ce dernier. Quant à Lucas, il se redécouvre à SF, et s’épanouit au soleil californien. Le bonheur est dur à définir, et Rachel Vanier n’essaie pas ; elle observe, note, avec une plume parfois drôle et parfois triste, cette vie de presque-trentenaire qui cuite ses victoires et tente de sortir de l’anonymat.

Entre piques justifiées sur l’univers des start-ups, du style “on est là pour changer le monde” et remarques tendres sur ces gens qui mangent du lion tous les matins pour arriver à leurs fins, ce roman facile et agréable à lire est à mettre dans les mains de votre pote entrepreneur(e) !

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